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« En équi-coaching, le cheval n'est pas un outil, mais un vrai partenaire de travail »

Pour Diana Van Oudenhoven, équi-coach, le cheval offre une possibilité d'innovation et de reconnexion à soi, à notre capacité de faire les bons choix et à notre pouvoir personnel. Une vision qu’elle nous partage volontiers dans cette interview ‘membre à l’honneur’.

Pourriez-vous vous présenter brièvement ?

Je suis une entrepreneure engagée dans le développement durable et le développement personnel. J'ai fondé mon propre projet d’accompagnement individuel et collectif, Kaleid’HorseCoop, qui est une offre de services de coaching, de formation et de conseil centré sur l’empowerment individuel & collectif. J’y exerce moi-même une activité de consultante, coach et facilitatrice par le cheval. J’accompagne les personnes dans leur cheminement personnel et également les organisations, entreprises, cadres et équipes dans le lancement et la gestion de projets.

Vous pratiquez donc l'équi-coaching, comment êtes-vous arrivée à cette discipline ?

Je suis passionnée de chevaux et d'équitation depuis l’enfance. J'ai toutefois dû mettre cette passion entre parenthèses pour diverses raisons (études, travail, mariage, enfants) tout en gardant un souvenir vivace et nostalgique de ces instants intenses de bonheur et d'authenticité que j'avais pu vivre auprès des chevaux. Pour aller conduire ma fille à l'école et mon fils à la crèche, je passais tous les jours devant un manège. Un jour, à ma grande surprise, j'y ai vu des cavalières adultes. Reprendre les cours à l'âge adulte était donc à ma portée et à 10 minutes de chez moi. Un mois plus tard, j'intégrais les cours pour trois ans. Durant ces années, j'ai eu beaucoup de joie, de nouveaux amis mais aussi des questionnements. Bien que je me débrouillais correctement à cheval, mon relationnel avec eux laissait parfois à désirer. Je ne parvenais pas à me reconnecter à la fluidité de jadis.

Lorsque j'ai commencé à avoir davantage de responsabilités professionnelles et à rencontrer des difficultés dans la gestion d'équipe, mon relationnel avec les chevaux a été directement impacté.

J'étais alors consultante en ressources humaines et directrice d'une petite structure. En observant les gens et les équipes que j'accompagnais, et en prenant du recul par rapport à ma propre expérience de « chef », j'ai acquis la certitude qu'il y avait un lien entre le leadership et les chevaux, que les chevaux pourraient aider les humains dans l'amélioration de leurs compétences, sans savoir comment l'aborder toutefois.

Via des recherches sur internet, je découvert une première formation en équi-coaching, qui s'est imposée comme une évidence. Je l'ai suivie. Après plusieurs formations, j'ai acheté deux chevaux qui travaillent à présent avec moi chacun avec leurs spécificités. Je suis donc arrivée à ce métier d'équi-coaching en étant très axée sur l'entreprise et le management.

Que peut apporter le cheval dans cette discipline ?

L'équi-coaching est du coaching facilité par le cheval. On ne coache pas le cheval. On ne coache pas non plus les prouesses équestres d’un cavalier. Il s’agit d’un accompagnement relationnel et non équestre au niveau individuel ou collectif. Le cheval est tout à fait essentiel. Sans cheval, il n'y a pas d'équi-coaching. Et le cheval n'est pas un outil, c'est un vrai partenaire de travail.Les personnes (ou les entreprises) qui viennent en coaching souhaitent changer quelque chose dans leur vie ou leurs projets, atteindre de meilleurs résultats, débloquer des situations compliquées ou conflictuelles, mieux gérer leurs émotions, reprendre confiance, ... Traditionnellement, le ‘consultant’, ‘coach’ ou ‘facilitateur’ propose de raisonner, de dialoguer et d'envisager les choses sous un autre angle grâce à certains outils et les accompagnements se limitent bien souvent à de la logique et à une programmation de mise en œuvre d'objectifs. Or, toute décision ou tout engagement qui ne serait pas aligné est condamné à l'échec avant même d'avoir pu être mis en œuvre. Mais comment être aligné quand on se limite au mental ? Avec l'équi-coaching et grâce aux interactions avec un cheval en liberté, on va pouvoir travailler plus en profondeur en y intégrant une dimension émotionnelle et inconsciente qui échappent à une perception strictement humaine. On va également pouvoir recevoir un feed-back immédiat et bienveillant de la part du cheval sur la congruence d'une personne entre ce qu'elle pense, ce qu'elle ressent et la manière dont elle agit ou compte agir.

Le cheval est donc un vrai co-coach et l'atout majeur de cet accompagnement va se trouver à l’intersection du savoir du professionnel humain (un coach formé spécifiquement à ce métier) et d’un maître du décryptage émotionnel, du langage non verbal et des trames inconscientes (le cheval) qui va agir instantanément et en miroir aux informations reçues de la part de la personne coachée.

On considère généralement qu’entre 7 et 10 % de notre langage est verbal. Ce qui est extrêmement peu et inversement proportionnel à la prédominance qu’on lui accorde pourtant dans nos sociétés. Grâce au cheval et à ses réactions, on va pouvoir avoir accès aux 90% de non-verbal restants et donc aller beaucoup plus vite et plus en finesse au cœur des problématiques et des possibilités d’évolution qu’elles recèlent. Ceci est d'autant plus intéressant pour travailler des questions liées au stress, à la gestion des émotions, dans la mesure où bon nombre de personnes ont tendance à se déconnecter de leur ressenti en situation de stress, de vulnérabilité ou d'inconfort ; se coupant par la même occasion d'informations essentielles pour avoir un comportement adapté à la situation stressante (notamment dans le domaine professionnel).

Avec quel genre de chevaux travaillez-vous ? Y a-t-il des qualités requises ?

Je travaille avec mes propres chevaux et quelques autres avec lesquels j'ai au préalable établi une relation de confiance. Construire une relation de confiance avec les chevaux et avoir travaillé sa propre posture avec eux sont des conditions essentielles à la bonne tenue des activités.

Il n'y a pas de qualités requises pour les chevaux, mais de vraies conditions de vie à leur garantir qui respectent leurs besoins physiologiques et sociaux.

Les chevaux sont des animaux grégaires qui ont besoin d'espace. Les chevaux qui coachent avec moi doivent donc vivre en troupeau (le plus stable possible) en prairie à l'année. On ne travaille pas non plus avec des chevaux malades ou trop jeunes. L'équi-coaching s'exerce avec des chevaux en liberté qui ont regagné leur libre arbitre dans leurs interactions avec l'humain. La liberté est une condition essentielle pour que le cheval puisse réagir de manière pertinente à ce qu'il perçoit lors de la séance.

Comment avez-vous découvert moncheval.net ?

Via des amies cavalières et propriétaires de chevaux.

Quel est votre rêve équestre ?

Mon rêve n'est pas équestre. Il est sociétal. Je suis convaincue que le monde dans lequel nous vivons s'épuise au niveau de ses modèles de développement, de ses ressources naturelles, de la biodiversité. Il épuise également les gens. Il est urgent de se réinventer et de privilégier la coopération à la compétition.

Le cheval offre ici une possibilité d'innovation, de reconnexion à soi, à notre capacité de faire les bons choix et à notre pouvoir personnel.

Quand on ôte de notre vie des montagnes de ‘je dois’ ou ‘il faut’, ou encore la compétition à outrance et qu'on va vers ce qui vibre qui en nous, on ne peut qu'améliorer durablement notre propre existence, notre rapport à l'autre et donc la société. L'équi-coaching permet d'aller vers plus d'humain grâce au cheval (et donc au monde animal). En travaillant de manière aussi étroite, respectueuse et dans une recherche d'égalité avec le cheval, le type de métier que j'exerce contribue très certainement au bien-être humain tout en rendant pleinement hommage à la générosité et à la sensibilité du cheval. Au niveau équestre, je ne suis pas une professionnelle équestre, mais du cheval.

 

En me basant uniquement sur ma propre expérience et mes connaissances des chevaux, il me semble important de monter à cheval en conscience, dans un vrai dialogue avec lui, de s'adapter et d'avoir toujours le réflexe d'aller voir ce qui se passe en nous avant de pester sur lui.

Un cheval n’est pas qu'une monture, c'est un être vivant, sensible et généreux qui s'en remet entièrement à nous dans la gestion de son environnement quand on se trouve sur son dos. A nous d'être fiables, responsables et clairs. Il nous incombe par ailleurs de lui permettre de vivre une vraie vie de cheval en lui offrant de l'espace et des rapports constants avec ses congénères. La démarche équestre rêvée est pour moi celle d'Elsa Sinclair qui est décrite dans son film Taming Wild.

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